30/04/2008

Le gris de l'enfance

C'était un jour de pluie, dans une ville aux toits d'ardoises, dans les terres plates d'une Belgique natale et pure. Derrière l’une des fenêtres du troisième appartement de la rue des Bouchers, se trouvait la frimousse pâle d’un petit garçon. Il regardait les gens, passants, avec des parapluies noirs et de gros sacs en toiles brunes. Un petit garçon, ça n’a rien sinon ses rêves. Mais celui-ci, c’était un petit garçon qui n’avait ni amis, ni passions. À l’école, on l’avait affublé du sobriquet de "moustique". Il passait la grille de l’école toujours les yeux dans les flaques. La Belgique c’est ça aussi, c’est la pluie... Il portait un long manteau noir, aux manches larges, à la poche pleine de crayons. C’était un lundi soir, en fin de journée. Il sortait de son cours de mathématiques. Ses mèches de cheveux, balayées par le vent froid, oscillaient avec grâce le long de son front blanc. Ses pieds frappaient le sol, il n y avait pas d’échos et ses bras brassaient l'air. A une sortie de rue, dont les murs étaient recouverts de mousse, ce petit garçon de sa petite taille tomba sur la pierre froide du trottoir, s'étant pris le pied dans une vulgaire canette de métal. Une femme s'approcha de lui, et sa main douce le réconforta : Comment vas-tu ? T'es tu fais mal ? Elle était si belle et si touchante, que ses "oui' se prononcèrent en murmures. Qui es-tu ? Lui demanda-t-il.

Et toi, saurais-tu me dire qui tu es ? Répondit la femme avec un large sourire. Elle pansa la légère plaie qu'avait l'enfant au genou, en posant ses lèvres sur le sang. Elle se mit à avoir un visage drôlement ouvert, un brin macabre. Ses dents semblaient ciselées d'or, tant les maigres rayons de soleil étaient absorbés par la rondeur maternelle de ses incisives. Le jeune garçon eut beau réfléchir, il n’arriva pas à répondre à la question. Il aurait aimé dire son prénom, mais en fait, qui était-il ? Qu’est ce qui pouvait le distinguer de toute autre personne ?

Je... Je ne sais pas... Dit-il à l'étrangère. La femme le regarda, d'un de ces regards qui font fondre les mers arctiques, elle n’avait cessé de sourire depuis le début de leur rencontre. Et ce sourire-là avait quelque chose de révélateur.
Regarde au-dessus de toi, que vois-tu ?
Le garçon leva les yeux puis dits :
Je ne vois rien, c’est tout noir, vide. Les nuages ont pour horizon les ombres, les oiseaux s'y confondent. On ne distingue rien. Tout est noir, vide. Et même cette blessure, dans la pénombre, malgré sa vivacité n'a pas réussi à briller.
Les traits féminins semblèrent faire volte-face à sa réponse, en brandissant un doigt rageur vers le ciel, elle déclara doucement : Tu sais, c’est comme ça qu’on voit sa vie quand on a douze ans. Un ciel noir ! L'univers entier, des photos en noir et blanc qui se découpent en nuages au fond d'une toile brune. Les étoiles s'y mirent  lorsque le soleil veut bien les prendre en son berceau. Nous ne sommes heureux, je crois, qu’au moment où nous sommes aptes à accepter cette chaleur. Elle est hâtive, fugace, cette chaleur nous étiole et nous saisit brusquement dans un détour, et le ciel tout noir s'évince quelques instants pour une journée couleur de nuit éclairée. Chacune des rencontres que tu fais, que ce soit un regard, un geste, un visage, ... est une microscopique étincelle de bonheur. Elles marquent la naissance d’une étoile. Ainsi, y aura-t-il eu des milliards d’éclairs pour l’obscurité infinie.
Les yeux penchés sur les maigres ruisseaux de pluie qui se faufilaient vers les égouts, d'une plaque en ferraille, l'enfant se mit à rire de toutes ses forces au point qu'il en eut mal au ventre. C'était un rire jaune, admiratif aussi :" J’aimerais contempler un ciel étoilé.. » Et il s’allongea bras croisés, dos contre l’asphalte, les yeux rivés par-delà les fils électriques, au travers des nuages, sur le ciel. La foule était incolore, peut être même n’existait plus.
Lorsqu'il releva son visage, les mèches de cheveux toujours emportées par la brise, la femme avait disparu dans la brume qu’il n’avait pas vu s’installer. Là-bas, de l’autre côté de la rue, la foule s’était remise à vivre, la foule maintenant le regardait. Et il eut l’impression, quelques secondes, durant un souffle qu’au bout de la rue, là-bas un regard s’égayait. Celui d’une silhouette qu’il ne reverrait plus. Des vapeurs chauds sortants des portes de restaurants enveloppaient l'atmosphère avec douceur. Le petit garçon essoufflé par tant d'émotions resta à contempler son ciel noir…La foule, il s’en moquait, la foule ne comprendrait pas. Il regarda le ciel et le jaugea comme on serre pour la première fois, un petit animal dans ses bras : il est noir. Incontestablement noir.  Mais il bouge tellement qu’il en est vivant. On aurait dit un gros rideau de théâtre, saisissant la scène de ses bras de velours noir. Opaque et incertain, chancelant, amer. C’était la mer de ses vacances qu’il crut voir, après une tempête, lorsque le varech se mêle aux écailles étincelantes des poissons. Cependant, la nuit s'égraina de gouttes de pluies, et après un long moment, il se rendit compte que le ciel n’était pas vraiment noir. Dans le noir se constellait des lumières. Dans le noir, le ciel se constellait d’étoiles. Juste au-dessus de lui, se trouvaient trois étoiles.
Soudain aveuglé de bonheur, il étouffa un cri de béatitude, essayant en vain d'attirer l'attention de cette femme qui pourtant était déjà loin et de la foule qui ne l’écoutait pas. Ce n'était pas nécessaire pensa-t-il, elle saurait bien ce que j'ai vu grâce à elle et la foule, ma foi, peut-être verrait elle cela un jour.

Des années plus tard, le temps ayant tissé les fils de sa vie, l'enfant devenu homme avait oublié cette femme. Il l'avait oublié, dans la paperasse des factures, du travail, et les agendas remplis. Il l'avait oublié avec sa famille, son bureau, et sa voiture. Toutes ces choses si belles et si importantes qu'un Homme se doit d'Aimer, c’était la société qui lui avait dit. Mais l'aventure ne s'arrête pas là. Un soir, un de ces soirs d’automnes rouges et sombres, alors qu'il couchait sa soeur, la tenant entre ses bras d'homme, il pencha sa tête pour lui offrir un baiser sur son front. Son inclination maladroite et adorable le fit se courber d'une manière si brutale, qu'il ne se retrouva pas plus grand qu'un enfant. Et, de cette petite taille, il se rendit compte qu'il avait une vue splendide. De  la fenêtre se découpait le ciel. Alors que sa soeur s'était déjà endormie, il ouvrit grand les volets. Il s'appuya sur le rebord en pierre, et se laissa aller à la contemplation des astres., il vit tout à coup scintiller plus les autres trois étoiles grosses comme des pommes à côté de la voie lactée. Elles paraissaient l'appeler, lui parler. Et la femme, d'un coin de rue, lui revint en mémoire. Cela l'émut. Cela l’émut si fort qu’il pleura.
La nuit suivante, il dormit si bien que la femme lui vint en rêve. Elle était vêtue d’une robe blanche dont les corolles avaient l’allure de comètes fuyant dans l’espace. À l'aube, la lumière pénétra à peine entre ses paupières, et la femme dansait dans un champ de roses rouges. Elle était tranquillement allongée dans ce champ et regardait le ciel. C’était une image si tendre, qu’il crut la tirer de sa mémoire, d’une vieille lecture de conte. Jadis, c’était Gustave Doré qu’il aimait contempler dans les livres à illustrations. Il coure vers elle pour lui parler de ces trois étoiles. « Regardez ! Ne vous souvenez-vous pas ? » Et il l'interrogea, posant des questions sérieuses, à un être d'imaginaire. C’était un souvenir amusant pensait-il, c’était un bel instant. Puis il s'inquiéta, transfiguré de crainte, en voyant apparaître des éclairs larges et brillants transpercer les étoiles. Cela peut- il être la cause d'un prochain ouragan ? s’enquit-il, se souvenant d’un article lu dans un magazine scientifique. Ne la voyant pas répondre, muette comme morte, il s’assit à côté d’elle et regarda le ciel à son tour. Il eut mal de la voir si terne, et pleura. Il fit jour. La nuit était tombée si vite. Il faisait bien jour. Il s’était peut-être endormi.
Dans le ciel cependant, tout azur, peint de soleil, des étoiles en poignées d’or répandaient par leur fragrance, un immense châle doré.

Que vois-tu aujourd’hui ? Lui demanda la femme qui soudain s’était animée.
Des dessins dans le ciel ! Répondit le garçon, enthousiaste.
Ce sont des constellations. Chaque étoile que tu fais naître apporte d’autres étoiles, et ensemble elles forment ces dessins que tu vois. Ce sont eux qui forment ton histoire, avec chaque rencontre commence une nouvelle constellation. Nous sommes l’étoile de la constellation de quelqu’un. Tu m’as oublié un jour, et j’ai bien failli mourir. Mon étoile se serait perdue, emportée dans l’infini de l’espace. Je serais morte si tu n’avais pas voulu croire en Nous. Maintenant, regarde-moi je suis radieuse.
Comment t’appels tu ? Demanda le petit garçon curieux…
Toujours en souriant, la femme répondit qu’elle s’appelait Nascita mais que maintenant il pouvait l’appeler Etoile ou souvenir.

 

 

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02:00 Écrit par Petit prince dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : enfance |  Facebook |

29/04/2008

La baiser de l'hotel de ville

Huit heures, au matin de l'hiver. La clarté équivoque de l'astre ensommeillé donne à la ville une allure fantomatique...

Se tenant par la main, ils regardaient, en silence, les vagues silhouettes des voitures, des ombres, des promeneurs... Se rapprochant inéluctablement de cet instant redouté, ou ils devront se séparer, chacun s'apprêtant à attaquer une nouvelle journée de labeur...
Au seuil de l'hôtel de ville, elle se laisse tendrement aller alors qu'il l'embrasse une dernière fois...

*CLICK* ... le temps s'arrête...

Un jeune homme vient de les prendre en photo. Il dénote dans le paysage, flânant, un sac en bandoulière et un appareil photo à la main. Il reste là, un instant, ému par le tableau s'offrant à lui. Il l'a tout de suite su, ce sera sa plus belle photo.
Le temps reprend doucement son allure... Le couple se sépare, Robert Doisneau les mains dans les poches s'évanouit lentement au cœur de la brume. Aujourd'hui, il ne fera pas d'autre photo, il se contentera de vivre le réveil d'une ville dans tout son romantisme...

C'est ça... un humaniste !

 
 
Le Baiser de l'Hôtel de ville.

23:06 Écrit par Petit prince dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baiser, hotel de ville, romance, amour |  Facebook |

26/02/2007

La pluie...

Dans mon pays il pleut, mais pas des pluies comme ici, des vraies, qui tombent pendant tellement de jours qu’on ne peut plus les compter.

Et la pluie chez nous, elle est si forte qu’elle finit toujours par trouver son chemin pour entrer sous ton toit, et elle coule à l’intérieur de ta maison. Elle est intelligente la pluie, c’est maman qui me l’a dit, toi tu ne le sais pas, mais il lui en faut encore plus, toujours plus.

Alors, elle cherche comment aller plus loin, et si tu ne fais pas très attention elle finit par atteindre son but, elle se glisse dans ta tête pour te noyer, et quand elle a réussi, elle s’enfuit par tes yeux pour aller noyer quelqu’un d’autre. Ne mens pas, je l’ai vue la pluie dans tes yeux, tu as eu beau essayer de la retenir en toi, c’était trop tard, tu l’as laissée entrer, tu as perdu !

Elle est dangereuse cette pluie-là, parce que dans ta tête elle enlève des bouts du cerveau, tu finis par renoncer et c’est comme ça que tu meurs.



                           Extrait de Où es tu? (Marc Levy).


Insomnie... l'espoir et les moutons me sauveront-ils?


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