12/05/2008

Mes Esquisses I

Pour Faire le Portrait d'Un Oiseau

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
C'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucment
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.


Jacques Prévert

Jeune fille

 

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06/12/2007

Lettre d'Amour à une inconnue

Ma chère, ma ravissante inconnue,

Enfin, je m'apprête à faire un pas en avant, mais un grand pas, et qui, s'il ne me conduit pas jusqu'au but, me fera connaître au moins que je suis dans la route, et dissipe la crainte où j'étais de m'être égaré. Je vais enfin déclarer mon amour ; et quoiqu'on ait gardé le silence le plus obstiné, j'ai obtenu la réponse peut-être la moins équivoque mais la plus juste ; celle de mon âme. Je tiens à vous en faire part.Vous, dont les exquises lettres, que j'ai pourtant laissé sans réponse, ont nimbé mon âme d'un brûlant émoi. Un émoi divin, ineffable et délicieux, l'émoi du cœur, l'émoi du printemps ; ce sentiment qui peut faire tourner la tête de l'Homme le plus insensible. Ce même sentiment qui me fit peur et que, lâchement, j'ai fuis. Mais me voici, votre lettre finalement, fit son chemin et atteignît mon âme. Vous êtes, depuis des semaines, ubiquitaire au sein de mes pensées.

Je me surprends à vous imaginer, vous, ainsi que vos milles et unes petites manies qui font de vous une femme merveilleusement attachante. La façon dont le soir, vous enlaceriez une chemise oubliée, porteuse de mon odeur. La délicatesse avec laquelle votre regard embrasserait quelques lettres de moi. Voir, oserais-je le formuler, la douceur de vos gestes alors que vous m'embrasseriez lors de notre rencontre. Je ne vous donne pas, comme aux femmes coquettes de chez nous, ce regard menteur qui séduit quelquefois et nous trompe toujours. Toutefois je vous imagine couvrant le vide d'une phrase par un sourire étudié. Je vous prête cette sagesse du corps et de l'âme qu'ont les grandes femmes de l'histoire.Je vous veux, chère inconnue, j'oserai vous ravir au Dieu même que vous adorez. Par ma paume je souhaiterai voiler toutes vos craintes.. J'eus beau me rappeler mes heureuses témérités, je ne pu me résoudre à les mettre en usage. Pour que je sois vraiment heureux, il fallait que vous vous donniez, mais que je puisse vous recevoir. Ce n'était pas une mince affaire, mais j'y suis près.

Voudriez-vous encore de moi ? Ne vous ai-je pas trop offensé ? Serez vous donc, finalement, cette femme ô combien merveilleuse qui continuera à alimenter mes songes les plus fous ? A quelle autre femme que vous mon audace n'eût-elle de meilleure partenaire ?Je vous rends donc mon épée, mais, je vous en conjure, n'abusez pas de cet empire que vous avez sur moi. Je vous fais, dé ce jour, maîtresse de mon sort. Je ne suis désormais plus qu'un homme qui vous adore ; un homme sur qui vous ne cesserez jamais d'avoir un empire absolu. Vous n'avez plus rien à craindre, que pourriez vous craindre d'un sentiment que vous serez toujours maîtresse de diriger à votre gré ? Seule votre imagination pourrait se créer des monstres, et l'effroi qu'ils vous causeraient, vous l'attribueriez à l'amour. Un peu de confiance et ces fantômes disparaîtraient.

Un sage a dit que pour dissiper ses craintes il suffisait presque toujours d'en approfondir la cause. C'est surtout en amour que cette vérité trouve son application. Aimez, et vos craintes s'évanouiront. A la place des objets qui vous effrayent, vous trouverez un sentiment délicieux, un Amant tendre et soumis ; et tous vos jours, marqués par le bonheur, ne vous laisseront d'autre regret que d'en avoir perdu quelques-uns dans l'indifférence. Moi-même, depuis que, revenu de mes erreurs, je n'existe plus que pour l'amour, je regrette un temps que je croyais avoir passé dans les plaisirs ; et je sens que c'est à vous seule qu'il appartient de me rendre heureux. Je suis à vos genoux, j'y réclame le bonheur que vous m'avez fait miroiter ; je vous crie : écoutez mes prières et voyez mes larmes ; ah ! Madame, me refuserez vous ?Je vous quitte pour réfléchir à tout cela, me laissant ronger par la sentence de votre réponse. Adieu, ma belle amie.


MonSieur.

                                                                                   

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21:50 Écrit par Petit prince dans Amour | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : lettre d amour, beaute, monsieur, dame, billets, declaration, lettres |  Facebook |